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Posts tagged: Sculpture

 
Grâce à Muze donc, j’ai découvert une poétesse que j’ignorais totalement : Cécile Sauvage (1883-1927).
Surnommée “la poétesse de la maternité” après avoir écrit un recueil tel que “L’âme en bourgeon”, elle est surtout connue pour être la mère d’olivier Messiaen ; pourtant son talent littéraire est incroyable : certains de ses poèmes, lisibles ici, me laissent muette d’émotion. Chez elle, la grossesse semble un état de plénitude absolue, auquel la naissance arrache la sérénité, et déroule déjà l’inquiétude de l’être qui se sépare, qui va grandir et qui contient sa propre mort. C’est une poésie simple brute et délicate à la fois. J’ai choisi celui-ci car je le trouve magnifique. 
Enfant, pâle embryon
Enfant, pâle embryon, toi qui dors dans les eaux Comme un petit dieu mort dans un cercueil de verre. Tu goûtes maintenant l’existence légère Du poisson qui somnole au-dessous des roseaux.Tu vis comme la plante, et ton inconscience Est un lis entr’ouvert qui n’a que sa candeur Et qui ne sait pas même à quelle profondeur Dans le sein de la terre il puise sa substance.Douce fleur sans abeille et sans rosée au front, Ma sève te parcourt et te prête son âme ; Cependant l’étendue avare te réclame Et te fait tressaillir dans mon petit giron.Tu ne sais pas combien ta chair a mis de fibres Dans le sol maternel et jeune de ma chair Et jamais ton regard que je pressens si clair N’apprendra ce mystère innocent dans les livres.Qui peut dire comment je te serre de près ? Tu m’appartiens ainsi que l’aurore à la plaine, Autour de toi ma vie est une chaude laine Où tes membres frileux poussent dans le secret.Je suis autour de toi comme l’amande verte Qui ferme son écrin sur l’amandon laiteux, Comme la cosse molle aux replis cotonneux Dont la graine enfantine et soyeuse est couverte.La larme qui me monte aux yeux, tu la connais, Elle a le goût profond de mon sang sur tes lèvres, Tu sais quelles ferveurs, quelles brûlantes fièvres Déchaînent dans ma veine un torrent acharné.Je vois tes bras monter jusqu’à ma nuit obscure Comme pour caresser ce que j’ai d’ignoré, Ce point si douloureux où l’être resserré Sent qu’il est étranger à toute la nature.Écoute, maintenant que tu m’entends encor, Imprime dans mon sein ta bouche puérile, Réponds à mon amour avec ta chair docile Quel autre enlacement me paraîtra plus fort ?Les jours que je vivrai isolée et sans flamme, Quand tu seras un homme et moins vivant pour moi, Je reverrai les temps où j’étais avec toi, Lorsque nous étions deux à jouer dans mon âme.Car nous jouons parfois. Je te donne mon coeur Comme un joyau vibrant qui contient des chimères, Je te donne mes yeux où des images claires Rament languissamment sur un lac de fraîcheur.Ce sont des cygnes d’or qui semblent des navires, Des nymphes de la nuit qui se posent sur l’eau. La lune sur leur front incline son chapeau Et ce n’est que pour toi qu’elles ont des sourires.Aussi, quand tu feras plus tard tes premiers pas, La rose, le soleil, l’arbre, la tourterelle, Auront pour le regard de ta grâce nouvelle Des gestes familiers que tu reconnaîtras.Mais tu ne sauras plus sur quelles blondes rives De gros poissons d’argent t’apportaient des anneaux Ni sur quelle prairie intime des agneaux Faisaient bondir l’ardeur de leurs pattes naïves.Car jamais plus mon coeur qui parle avec le tien Cette langue muette et chaude des pensées Ne pourra renouer l’étreinte délacée :L’aurore ne sait pas de quelle ombre elle vient.Non, tu ne sauras pas quelle Vénus candide Déposa dans ton sang la flamme du baiser, L’angoisse du mystère où l’art va se briser, Et ce goût de nourrir un désespoir timide.Tu ne sauras plus rien de moi, le jour fatal Où tu t’élanceras dans l’existence rude, Ô mon petit miroir qui vois ma solitude Se pencher anxieuse au bord de ton cristal.
Sculpture de Kiki Smith, moulage d’un ventre de femme enceinte, en forme de bouclier : Shield, (1989).

Grâce à Muze donc, j’ai découvert une poétesse que j’ignorais totalement : Cécile Sauvage (1883-1927).

Surnommée “la poétesse de la maternité” après avoir écrit un recueil tel que “L’âme en bourgeon”, elle est surtout connue pour être la mère d’olivier Messiaen ; pourtant son talent littéraire est incroyable : certains de ses poèmes, lisibles ici, me laissent muette d’émotion. Chez elle, la grossesse semble un état de plénitude absolue, auquel la naissance arrache la sérénité, et déroule déjà l’inquiétude de l’être qui se sépare, qui va grandir et qui contient sa propre mort. C’est une poésie simple brute et délicate à la fois. J’ai choisi celui-ci car je le trouve magnifique. 

Enfant, pâle embryon

Enfant, pâle embryon, toi qui dors dans les eaux 
Comme un petit dieu mort dans un cercueil de verre. 
Tu goûtes maintenant l’existence légère 
Du poisson qui somnole au-dessous des roseaux.

Tu vis comme la plante, et ton inconscience 
Est un lis entr’ouvert qui n’a que sa candeur 
Et qui ne sait pas même à quelle profondeur 
Dans le sein de la terre il puise sa substance.

Douce fleur sans abeille et sans rosée au front, 
Ma sève te parcourt et te prête son âme ; 
Cependant l’étendue avare te réclame 
Et te fait tressaillir dans mon petit giron.

Tu ne sais pas combien ta chair a mis de fibres 
Dans le sol maternel et jeune de ma chair 
Et jamais ton regard que je pressens si clair 
N’apprendra ce mystère innocent dans les livres.

Qui peut dire comment je te serre de près ? 
Tu m’appartiens ainsi que l’aurore à la plaine, 
Autour de toi ma vie est une chaude laine 
Où tes membres frileux poussent dans le secret.

Je suis autour de toi comme l’amande verte 
Qui ferme son écrin sur l’amandon laiteux, 
Comme la cosse molle aux replis cotonneux 
Dont la graine enfantine et soyeuse est couverte.

La larme qui me monte aux yeux, tu la connais, 
Elle a le goût profond de mon sang sur tes lèvres, 
Tu sais quelles ferveurs, quelles brûlantes fièvres 
Déchaînent dans ma veine un torrent acharné.

Je vois tes bras monter jusqu’à ma nuit obscure 
Comme pour caresser ce que j’ai d’ignoré, 
Ce point si douloureux où l’être resserré 
Sent qu’il est étranger à toute la nature.

Écoute, maintenant que tu m’entends encor, 
Imprime dans mon sein ta bouche puérile, 
Réponds à mon amour avec ta chair docile 
Quel autre enlacement me paraîtra plus fort ?

Les jours que je vivrai isolée et sans flamme, 
Quand tu seras un homme et moins vivant pour moi, 
Je reverrai les temps où j’étais avec toi, 
Lorsque nous étions deux à jouer dans mon âme.

Car nous jouons parfois. Je te donne mon coeur 
Comme un joyau vibrant qui contient des chimères, 
Je te donne mes yeux où des images claires 
Rament languissamment sur un lac de fraîcheur.

Ce sont des cygnes d’or qui semblent des navires, 
Des nymphes de la nuit qui se posent sur l’eau. 
La lune sur leur front incline son chapeau 
Et ce n’est que pour toi qu’elles ont des sourires.

Aussi, quand tu feras plus tard tes premiers pas, 
La rose, le soleil, l’arbre, la tourterelle, 
Auront pour le regard de ta grâce nouvelle 
Des gestes familiers que tu reconnaîtras.

Mais tu ne sauras plus sur quelles blondes rives 
De gros poissons d’argent t’apportaient des anneaux 
Ni sur quelle prairie intime des agneaux 
Faisaient bondir l’ardeur de leurs pattes naïves.

Car jamais plus mon coeur qui parle avec le tien 
Cette langue muette et chaude des pensées 
Ne pourra renouer l’étreinte délacée :
L’aurore ne sait pas de quelle ombre elle vient.

Non, tu ne sauras pas quelle Vénus candide 
Déposa dans ton sang la flamme du baiser, 
L’angoisse du mystère où l’art va se briser, 
Et ce goût de nourrir un désespoir timide.

Tu ne sauras plus rien de moi, le jour fatal 
Où tu t’élanceras dans l’existence rude, 
Ô mon petit miroir qui vois ma solitude 
Se pencher anxieuse au bord de ton cristal.

Sculpture de Kiki Smith, moulage d’un ventre de femme enceinte, en forme de bouclier : Shield, (1989).

Gros gros coup de coeur pour les créations de mobiles de Guillemette Lanthiez que ce petit film (stop-motion) présente.

Je les ai découvertes grâce à rabbit-hearted-girl, ici et , très en forme ces temps-ci.

Cette française est diplômée de l’ESAG de Penninghen (école dont le nom m’évoque des souvenirs familiaux…) et est désormais architecte d’intérieur…. (J’aimerais bien voir sa maison…) Sur le site qui montre son travail, on peut lire : “Le mobile, c’est une fascination d’enfant que Guillemette poursuit dans l’âge adulte. C’est un révélateur de la présence de corps, de notre souffle. Comme dans un jeu, son équilibre est sans cesse remis en cause. Destiné à un lieu spécifique, il lui donne une âme unique et insaisissable, en constante mutation.”

Voilà sans doute pourquoi ces ampoules, nuages et autres poissons qui auréolent des jeunes femmes étonnées me touchent particulièrement…

[Flash 9 is required to listen to audio.]
Get Well Soon by Sarabeth Tucek from the album: Get Well Soon

Get Well Soon, Sarabeth Tucek.

Superbe nouvelle chanson de Sarabeth, qui sort un nouvel album du même nom que ce titre le 4 avril prochain, comme un lecteur me l’a gentiment annoncé…

Ce morceau est ce qui s’appelle une chanson poignante. Elle parle de sa souffrance, avec des mots simples, due à la mort de son père. Elle réussit à faire rentrer toute sa douleur dans le format serré d’une chanson, avec une économie d’effets assez remarquable. Modeste, comme un petit jardin, qu’on garderait précieusement, comme une relique.

“Crying to the gardner (…)

Begging please don’t cut my trees

Please don’t take my trees”

Diorama de Gregory Euclide, vu chez fuckyeahdioramas.