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Le groupe Blondie est devenu leur identité collective. Le ciment de leur trio.
Et à l’adolescence, le mimétisme est de rigueur pour se façonner.
“Lise a fait le pari qu’elle saurait chanter Hanging on the telephone à la vitesse de Debbie, s’y entrâine dès qu’elle est seule -comique à voir quand sa grande bouche se débat pour débiter I’m in the phone booth, it’s the one across the hall, if you don’t answer, I’ll just ring it off the wall, les premières syllabes chantées fort et sans faillir, sans trébucher, les finales écrabouillées en marmelade sonore et inarticulées (…)”
Qui n’a jamais fait, ça ? Maquillée devant son miroir ?
Extrait 2 de Dans les Rapides, Maylis de Kerangal.
Photographie de Debbie Harry par Andy Warhol.
Blondie - Hanging On The Telephone
This is my favorite song on Parallel lines, IMO much better than Heart of Glass or Sunday Girl.
Le rock va donc construire les trois ados du livre dont je parlais précédemment.
Voici comment la narratrice parle du choc de la découverte du 33 tours de Parallel Lines, de Blondie :
”(…) Emballage graphique du son et allumage du désir : immédiatement la fille nous intéresse, c’est elle qui nous plait. Parce que c’est une fille certainement -elles sont minoritaires sur la scène- mais pas seulement. Cette fille-là incarne une place convoitée, un enjeu : être une fille parmi les garçons, être l’acceptée, la fille du groupe, et rare sinon la seule, celle qui a passé haut la main le filtrage qu’ils opèrent -aptitude à endurer la nuit, à parler fort, à saisir les blagues qui fusent comme des balles de ping-pong et à y répondre, à coller au groupe sans solliciter de traitement spécial. Alignée avec les garçons en travers de la pochette, la fille est quatrième si on compte vers la droite, troisième si l’on compte vers la gauche : elle est bien au milieu -c’est Lise qui compte à voix haute, à toute allure, l’index pointé sur les visages. Et même le souligne en glissant un ongle à la surface du fin carton verni, au regard de la position de ses mules à talons légèrement en avance de la ligne de base, elle précède ses acolytes d’un quart de pouce : elle conduirait le groupe, elle serait le leader. Mais autre chose nous captive. La fille n’est pas seulement une fille parmi les garçons, elle n’est pas Patti Smith androgyne, classeuse et princière en chemise d’homme sur la pochette de Horses, ni Chrissie Hynde sanglée de ses cuirs. C’est une fille comme une fille parmi les garçons, de plain-pied avec eux. Pas n’importe quoi de docile à couettes calée à la place qu’on lui aura assignée, pas n’importe quoi de garçon manqué grimaçant sa pose virilise pour se faire accepter dans la cour des mecs, non, elle, c’est un fille, a real girl. Et ça se voit. Son corps entier le fait savoir avec la belle assurance crâne qui, à elle seule, tiendrait du programme.
Blonde, elle l’est, hardiment même, c’est elle qui l’a choisi et elle le fait savoir -des mèches brunes pendent dans son cou- , une blondeur qu’elle a voulue, platine, glamour, hollywoodienne, une blondeur Marilyn qui joue l’artifice pour accrocher la lumière (…) un corps de fille qui abuse d’en être une, et une belle, et une blonde, et une en talons hauts debout au milieu de types en noir, qui abuse de son genre donc, et foutrement, allez tous vous faire voir, c’est ça -moi comme ça- ou rien. Fausse poupée, fausse blonde, fausse Lolita starlette et vraie fille poings sur les hanches (…).”
Extrait de Dans les rapides, Maylis de Kerangal.
Hier, c’était mon anniversaire.
Une amie chère m’a offert ce livre qui semble fait pour moi : Dans les rapides, de Maylis de Kerandal.
Car voyez-vous, il s’agit d’une histoire d’amitié justement, une histoire de trois adolescentes assoiffées de vie et de musique, qui découvrent, en 1978, notamment grâce à Blondie et KATE BUSH (oui, oui, vous lisez bien), une façon de s’ouvrir à la féminité et à la vie.
Une question me taraude : mais comment a-t-elle fait pour trouver CE livre ???
Peut-être est-ce cela aussi l’amitié, connaître si bien l’autre qu’on sait ce qu’il/elle aimera avant lui/elle.