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Tracy Lord, the “Virgin Maiden”, la Vestale.

The Philadelphia Story (Indiscrétions), est à voir et à revoir ; non pas seulement parce que c’est une des comédies américaines les plus drôles et les plus enlevées des comédies de remariage en vogue à l’époque, ou parce que les dialogues éblouissants et ciselés y fusent comme rarement, non, mais parce que c’est un film d’une grande richesse et d’une grande profondeur. Un autre titre aurait pu convenir : Pride And Prejudice, mais sans doute était-ce déjà pris. Dans ce film, tout le monde se bagarre : c’est la lutte des classes, la guerre des sexes, la bataille entre intimité et célébrité, le déchirement entre l’être et le paraître… La scène inaugurale est d’ailleurs révélatrice : un mari se fait jeter hors de chez lui et renverse sa femme d’un coup au visage… Violence il y a… Au coeur du front, Tracy Lord, incarnée par -encore- la géniale Katharine Hepburn, une mondaine altière et froide, qui s’apprête à se remarier avec un genre de Charles Bovary façon american way of life. Son ancien mari (Cary Grant, toujours parfait dans le rôle de l’ironique trouble-fête), d’abord présenté comme violent et alcoolique, surgit alors de nulle part et insère le grain de sable (le journaliste Macaulay Connor joué par James Stewart - quel casting !) qui va enrayer la belle mécanique matrimoniale…

Tout d’abord, une discussion musclée entre les anciens époux, dans laquelle le mari blessé reproche à son ex-femme sa froideur, fait tomber une première partie du masque de la “Goddess” Tracy Lord : il la traite de statue, de “Married Maiden”, ce qui signifie “Vierge Mariée”, de Vestale, insensible aux fragilités humaines. Son père ensuite passe par là et en enlève une autre couche (scène qui fait d’ailleurs écho au duo père et fille de Rois et Reine d’Arnaud Desplechin, plein de violence, lui aussi -Nora, la reine, apparaissant finalement comme une cousine éloignée de Tracy Lord). Puis, Macaulay Connor joue le rôle de catalyseur final dans la révélation de Tracy Lord à elle-même (un peu aidé tout de même par l’adjuvant qu’est le Champagne), le précipité qui sera l’apothéose finale : Tracy Lord comprend qu’elle n’est pas une “Goddess” ni une Vestale et qu’elle n’a pas besoin d’essayer si fort d’en avoir l’air, mais un être de chair et de sang (bien qu’elle essaie de se défendre en réutilisant les termes de son ex-mari pour écarter ce journaliste finalement bien attirant, comme on le voit dans la deuxième partie de l’extrait).

Le masque tombe : Tracy Lord peut aimer sans craindre de perdre sa dignité. En acceptant de se fragiliser et de descendre de son piédestal, elle rejoint le monde des vivants, des humains, qui ont des faiblesses, qui font des bêtises…

Un mariage aura bien lieu, mais devinez avec qui ?